La Littérature au coeur

Eloge de l'écrivain

... ou comment je vois celui qui vit la Littérature, plutôt que de la lire.
 
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Eloge de l’écrivain

 

            Donnez-lui de quoi écrire et il vous offrira un monde, peuplé de ses rêves, de ses angoisses et de ses indifférences.

            De sa plume il dessinera les signes occultent qui ouvrent l’univers sublimé. Magicien, il conjure l’au-delà de nous-mêmes et dialogue avec nos dénis. Que cachent nos portes, nos amours et nos guerres ? Notre âme, il la dévoile dans toute son obscurité, et l’agite tel un épouvantail face à notre conscience hypocrite.

            Clairvoyant qui devine, derrières nos illusoires barricades de chair,  les pourquoi et les comment originels. Sur un simple sourire, il plaque une vie ; dans le vert d’un feuillage, il aperçoit la branche nue et l’hiver mourant et blanc ; d’un geste à peine esquissé, il déduit la larme qui, il y a longtemps déjà, a roulé sur nos lèvres tremblantes.

            Visionnaire, il mêle le faux qui aurait dû être vrai, au réel, qui aurait pu être invention. Il joue de ses êtres comme de marionnettes –de nos passés, qui ont été nos futurs ; de nos présents, qui seront oubliés pour n’avoir jamais été escomptés. Le temps pour lui n’existe pas. Sous sa plume, une fraction de seconde (un geste de la main, une étoile filante, un battement de cil ou le départ d’un train) se fige, et pour l’éternité.

            Qu’il vive roman, poésie ou pensées, son œuvre recèle toutes nos vies, toutes nos destinées, et peut-être plus encore, tous nos chemins refusés. Dieu habile face à la toute puissance d’une page blanche, il extirpe ses personnages, ses villes et ses sentiments de cet effroyable chaos empli de vide –avec toute la violence de la passion, avec l’absolu fiévreux de la nécessité.

            Inspiré, son œuvre était là bien avant lui, depuis la naissance de la pensée humaine, qui l’attendait dans l’infini monde des possibles. Dans ce fatras d’assemblage de lettres, puis de mots, puis de phrases, il a saisi cette hypothèse qui lui ressemble et nul, hormis lui, n’aurait choisi de lui donner ce corps dont le sang serait d’encre et la chair de papier, telle quelle ; de placer ces points, ces virgules et non ici, d’user de ce verbe plutôt que de son synonyme, d’appeler son héros X, et non Y. Son travail acharné de correction et de réécriture : une simple élection par élimination des autres formes, des autres fonds.

            L’œuvre est à l’imaginaire ce que la destinée est à la réalité : une conséquence, et non pas une cause. Dans un labyrinthe de couloirs, chaque porte ouverte en ferme d’autres et assigne une orientation à ce parcours enflammé; jusqu’à ce que l’on arrive, enfin, en son cœur, sans issue. Il n’y a plus de choix à faire, non, ils ont déjà été réalisés, en amont et comme à notre insu : ainsi, l’œuvre naît.

 

Bon voyage en mon labyrinthe.


Vos commentaires

1 Le Vendredi 27 Juillet 2007 à 12:20 GMT+2, par Pazzo

... J'en reste sans voix...
Suberbe, tout simplement. Certainement le plus bel hommage à l'écrivain que j'ai jamais lu.

2 Le Vendredi 27 Juillet 2007 à 12:22 GMT+2, par Rimmel

oh! Merci Pazzo! Je suis vraiment touchée...c'est vraiment super gentil à toi! (et si je savais mettre les smileys, j'aurais mis celui qui rougit). Merci beaucoup!

3 Le Samedi 11 Aout 2007 à 14:18 GMT+2, par KATHEROS

Oui, c'est bien vu et surtout on voit que chez toi la littérature est vraiment ressentie, là, au plus profond. Mais enfin, tu as une vision bien "romantique" de l'écrivain, l'écrivain en mage qui éclaire de sa lanterne le peuple qui le suit. L'écrivain n'est pas que "lyrique" tel qu'on l'entend par exemple pour Victor Hugo, c'est à dire l'écrivain éclairé et omniscient. Il est aussi en proie avec ses propres failles et faiblesses, il donne à voir ce qui se dérobe, le "moi" ou l'égo est battu en brêche et se devine plus qu'il ne se dit. L'écriture parfois précède l'écivain, je pense notamment à Proust ou Rimbaud mais encore Schnitzler ou J L Borgès qui évoque cette écriture presque automatique qui devance leur pensée des fois bien désanchantées de leurs soi disante muses inspiratrices....

4 Le Samedi 11 Aout 2007 à 15:01 GMT+2, par Rimmel

C'est vrai, j'avoue et j'assume cette vision des plus "romantiques" de l'Auteur! Néanmoins, je vais préciser ma pensée de manière peut-être moins "poétique". Lorsque je dis par exemple que l'oeuvre naît à l'insu de l'auteur, je ne pense pas aux "muses inspiratrices", mais à la phrase de Valery: "Les mots gagnent". Ce qui rejoint d'ailleurs l'écriture presque automatique à laquelle tu fais référence! Pour ce qui est de l'omniscience et de l'universalité de l'écriture, là, je me tournerai vers la sensibilité humaine. A savoir: Lorsque l'écrivain (ou l'artiste quel qu'il soit, d'ailleurs) dévoile ses failles et faiblesses, il couche sur papier des interrogations qui ont été posées et qui le seront encore bien plus tard... Des interrogations inhérentes à l'âme et à la conscience humaines, en quelque sorte. De fait... on est d'accord! lol A bientôt j'espère pour d'autres échanges! Rimmel

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