Alors que le soleil se couche
Une nouvelle mélancolique...
Un sourire de mélancolie
…alors que le soleil se couche
Il se souvient que l’on peut pleurer de joie, et
sourire de tristesse. Être nostalgique d’un temps que l’on n’a pas connu, et
avoir des remords pour ce que l’on ne fera jamais. Reculer pour mieux sauter,
et avancer pour faire un demi-tour.
Un billet de
train à la main, que faire ? Assis sur le sol de la gare, les yeux rivés
au cadran de l’horloge. Il se lève et s’avance. Il grimpe sur le marchepied.
Plus qu’un pas, un seul. Va.
Il
regarde le paysage qui défile, les yeux clos. Il n’a pas besoin de voir, il
imagine.
…alors que le soleil se couche
Une plage et la mer, plusieurs
promeneurs solitaires, quelques baigneurs tardifs : l’été aussi se sent
faible, et engourdi, et somnolent.
Presque pluvieux, lui qui s’éteint
enfin.
Une guitare chante doucement,
là-bas, derrière les rochers, on ne la voit ni ne l’entend, d’ici.
Le ciel achève son
agonie : la lune apparaît en souriant.
Au premier
arrêt, le défilé habituel de valises sans visage qui avancent en pestant. Le
train s’ébranle alors. Sur le quai un homme comme lui, mais qui n’est pas
monté. Il regarde partir le train. Baisse la tête. Pleure. De quoi ? Lui
seul, et Dieu peut-être, le sait. Il a la nostalgie d’un futur qu’il ne
connaîtra pas.
Il dort
toujours la tête appuyée sur le dossier. Il connaît les lieux que le rail
traverse. Par cœur. Il y est déjà aller si souvent, en rêve. Il regarde l’heure
et sait où il est.
… alors que le soleil se couche
Un pré vert et poétique, un
vieux tacot sur la route défoncée. L’automne dans sa prime jeunesse, trop jeune
pour être rougeoyante encore ; paisible, discrète. Ceux qui aboient ne
mordent pas. Elle ne fait pas un bruit.
Si, un pauvre bêlement émane
d’un troupeau esseulé, trop tôt rentré, pas encore rassasié : Les minuscules
étoiles, par-dessus la vallée bleue de brume, ont triomphé.
Déjà, le
deuxième arrêt. Presque une escale, il est si loin. Des vêtements chargés de
sacs déambulent entre les sièges, se cognent aux strapontins, aux autres et à
eux-même.
Sur le quai,
un autre lui-même fixe l’horloge. Il serait temps d’embarquer. Il ne bouge
pas ; hypnotisé par le cadran. Il regarde son choix s’enfuir avec le
temps, sa liberté se réduire avec l'écart de deux aiguilles. Le train se met en branle.
Les heures
s’écoulent, les paysages changent dans sa tête. Un coup d’œil à sa montre. Il
se rapproche.
… alors que le soleil se couche
Un mont si haut que l’on ne le
voit plus, un pic perdu dans les nuages. Et à se pieds de minuscules fourmis
humaines qui s’affairent, vainement, si vainement que leur monde s’affaissent
vu de si haut. Que reste-t-il de grand, quand un insignifiant flocon parvient à
cacher une montagne ? Quand une invisible goutte de brouillard noie un
sommet ?
La cloche d’une vache nous
rappelle enfin que la vie est là, quand bien même… en ce début d’hiver le ciel
pleure de la neige.
Avant-dernier
arrêt. Son double est là encore sur le quai, à espérer partir. Il ne quitte pas
son billet du regard. D’autres tickets forment déjà une cohue dans les
couloirs.
L’homme d’en
bas regarde l’homme d’en haut et se dirige droit vers le train d’un air décidé.
Les portes se referment devant lui. Il ne fait pas un mouvement. Silhouette
immobile et songeuse, il finit par disparaître avec le reste.
A cette heure,
il est presque arrivé. La fenêtre continue son cinéma qu’il ne regarde pas.
…alors que le soleil se couche
Une clairière au milieu d’une
forêt, dont l’herbe jaunie meurt déjà de soif. Le printemps s’échappe, las de
vivre en riant. Le dormeur a reprit ses droits, et se vengera encore demain de
sa si longue absence. Enfin les animaux s’éveillent, le souvenir des
randonneurs est loin, les jonquilles
ont toutes été cueillies. Quelques gouttes d’eau s’écrasent nonchalamment, la
terre pourra étancher sa soif, peut-être.
Dernier arrêt.
Les voyageurs descendent. Lui aussi. Il a
mal d’être resté si longtemps assis sur ce banc de bois, adossé à un mur
froid et humide. Il ouvre enfin les yeux.
D’autres
trains sont partis et sont arrivés. D’autres personnes, mais pas lui, ne sont
pas descendues des marchepieds et roulent maintenant vers des lieux inconnus,
en riant, confiantes.
Il déchire son billet, et comme tous les soirs quittent la gare. Il est presque tard.
…alors que le soleil se couche
Une ville grise comme toutes
les villes. Une ville triste en cette saison comme en chaque saison. Des ombres
d’âmes qui courent, en tous sens, après leur vie.
Aucun jour ne naît ici, il y a
juste la nuit qui ne meurt jamais tout à fait, imperturbable. Une journée est
une nuit claire.
Il sort un papier de sa poche.
Un billet pour demain.
Par Rimmel, Dimanche 28 Octobre 2007 à 16:16 GMT+2 dans La main (qui écrit) (article, RSS)




