La Littérature au coeur

Et c'est mon coeur qui s'essouffle

Prose poétique
 
 
illustration
Et c’est mon cœur qui s’essouffle

 

            Et c’est mon cœur qui s’essouffle de courir après le tien, toi qui me fuis et qui m’habite. Cette course folle, et effrénée, et sans fin –sans fin jusqu’à cette minute où mon cœur m’a glissé à l’oreille qu’il était arrivé au bout de lui, au bout de moi –cette course folle et effrénée, et sans fin –sans fin jusqu’à cette minute où mon cœur m’a glissé à l’oreille « retiens-moi, je ne peux plus, j’ai le vertige et la nausée » -cette course folle, et effrénée et sans fin me brisait.

            J’ai bien voulu le raisonner, tu sais, lui dire de tenir, encore un an, encore un mois, encore un peu ; la ligne de ton arrivée, là-bas, m’apparaissait déjà. Mais un cœur, à court de souffle, ne ment jamais. Et il m’a répondu, le traître, l’infidèle, le faible, que ton horizon, là-bas, n’était qu’un mirage, que tu étais encore trop loin, bien trop loin.

            J’ai parlementé, cajolé, menacé, mais un cœur qui agonise, ma foi, et bien têtu. Il n’a pas voulu céder, et il a répété « Je ne peux plus ». Il a rappelé à ma pauvre tête, que tu étais déjà parti, et il lui a montré des photographies qu’elle n’avait jamais vues : toi qui ris, avec une autre, toi qui pleure, sur une autre… et ma tête a reculé.

            Mais j’ai encore lutté ; ma bouche gourmande comme une fraise, ne voulait se soumettre, pour toujours, qu’à la tienne. Alors il a convoqué mes yeux, et il a tout rapporté. Ah le traître ! Ah l’infidèle ! Ils se sont ralliés à sa cause, et ont fait couler leurs larmes. Elles sont venues mourir à mes lèvres ; ce baiser salé les a conquises, et elles ont pris une moue chagrine.

            Je me suis battue encore, il me restait toujours mes mains. Elles gardaient sur leur paume, comme une relique sacrée, la douceur de ta peau. Mais un cœur à bout de forces, tu sais, trouve toujours des ressources. Il les a provoquées : où était cette bague, que tu m’avais un jour au doigt passée ? Ah oui mais c’est bien sûr ! Tu la leur avais enlevée. Mes mains nous ont, toutes deux, abandonnés.

            Mon cœur m’a dit, encore une fois, qu’il était fatigué. J’ai encore tenu bon, mon ventre chaud, lui, t’appartenait encore. Mais un cœur qui meurt, tu sais, éteint parfois des brasiers. Il a rétorqué froidement, que tu frissonnais déjà ; et pour quelqu’un qui n’était pas moi. Mon ventre était jaloux, il ne partageait pas.

            Je me suis retrouvée seule, seule à me battre, et pour et contre toi ; j’ai laissé aller ma plume, pour qu’elle te dise, gardienne de mes pensées, que je ne t’oublierai pas. Mais sa réponse que je te donne, a été sans appel.

 

Et c’est mon cœur qui s’essouffle de courir après le tien.

J’ai parcouru si souvent tes chemins, j’ai si souvent voyagée, tu sais, entre tes mains, qu’aujourd’hui je suis fatiguée. Laisse-moi dormir, juste, juste me reposer, loin du silence de ton sommeil qui m’étourdit.

A perdre haleine, j’ai poursuivit un rêve ; notre chimère se fait trop lourde à mes épaules ; et la couronne de roses, que tu déposas sur mon front, celle-là même, m’ôte la vue. Le sang qui coule des profondes plaies qu’elle a ouvertes, ce matin, m’a égarée.

Ma fuite en avant, par monts et par vaux, pour te découvrir, dans ton jardin secret ; ma course effrénée par-dessus tes ombrages ; mes ruses éperdues pour faire tomber ton masque ; j’ai l’âme qui flageole,  je trébuche, je chute.

Permets-moi de m’étendre, de respirer le parfum, pur, de l’herbe à peine fauchée ; je veux m’enivrer, mais d’autres effluves, amour malheureux, que de ta myrrhe amère.

 

J’ai reposé ma plume,  ai regardé le ciel, et mon cœur qui s’essouffle, en cette minute a gagné.

 

 

larme

 

 

 

 

 
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Vos commentaires

1 Le Vendredi 27 Juillet 2007 à 12:37 GMT+2, par tenebrae76

Magnifique prose qui m'a conquise, qui fait ressurgir ces emotions de moments passés, les cicatrices de toute vie..

Celles qu'on tiens parfois cachées sans oser les avouer, celles qui nous ont meurtri avant de nous rendre plus forte.. Celle d'un coeur qui s'essoufle avant de retrouver son envol pour un illusoire ailleurs, mais seulement si on decide de lui accorder cette renaissance

2 Le Vendredi 27 Juillet 2007 à 12:47 GMT+2, par Rimmel

Merci Tenebrae... Prose effectivement écrite avec le coeur et le ventre à ce moment terrible où on réalise (croit réaliser du moins pour mon plus grand bonheur) que non, quelque chose est cassé, irrémédiablement cassé. Et que tout ne se répare que par cet "illusoire ailleurs" dont tu parles...

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