Un sourire en détails
Phrasé I: Première façon d'étendre une phrase presque à l'infini... (Mais je me suis arrêtée avant!!!)
Un sourire en détails
Un soir, très tard, vers quatre heure du matin et qu'elle ne dormait pas encore, un long pinceau entre ses doigts agiles, insomniaque à son habitude involontaire mais embrumée néanmoins, elle se vit, juste en un rapide sourire, dans le reflet sombre et sale de la vitre terne à côté de laquelle elle avait installé son lourd chevalet de ferraille bleue, et pensa à continuer à se peindre ainsi, c'est-à-dire debout et flageollante, jusqu'à ce que la mort -ou l'épuisement, mais c'est tout comme, le mort est quelqu'un de trop fatigué pour vivre, le plus souvent- jusqu'à ce que la mort, donc, vienne la saisir inopinément sans qu'elle ne ressente le besoin de lutter; mais c'était uniquement ce sourire noir qu'elle voyait pour la première fois qu'elle voulait coucher sur la toile encore vierge ou presque -seuls quelques caresses du pinceau en ayant effleurés les bords, le centre en était encore parfaitement immaculé si l'on exceptait une fine pellicule de poussière déposée là par le temps- et seulement ce sourire-là, parce qu'inhabituel, et rien d'autre, pas même ses yeux à demi-fermés qui s'ouvraient parfois comme pour bailler -elle était, il faut bien le dire, de celles qui, lorsqu'elles ont une fois une idée en tête, refuse de la laisser en sortir, une têtue, une tête de mule, une vraie bourrique, même, disait feue sa grand-mère morte deux ans auparavant- mais elle ne parvenait pas, plus à faire ce sourire à nouveau, l'instant où elle s'était entraperçue avait été trop fugace pour laisser plus qu'une impression d'effroi, à peine un sentiment fugitif en lui-même mais assez fort pour laisser une trace qui elle-même serait durable -la preuve en était qu'elle tentait encore à ce moment précis de le recommencer, mais sans aucun succès puisque, forcé, il apparaissait mince et crispé; alors, et en desespoir de cause, elle finit par tout de même aller se coucher, car elle ne pouvait plus, non, continuer ainsi -c'était insupportable de ne pas s'arrêter de sourire, de toutes les façons possibles sauf la bonne, même pour respirer un grand coup- ça ne pouvait plus durer, alors elle posa son pinceau et s'arrêta enfin pour avaler une grande goulée d'air nocturne.

Par Rimmel, Dimanche 28 Octobre 2007 à 16:35 GMT+2 dans La main (qui écrit) (article, RSS)




