La Littérature au coeur

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Fragments et circonvolutions

 

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    éteinte à la bouche. Le noir est total. Saôule, aussi, sûrement. Ramassée sur elle-même, elle porte le briquet qu'elle gardait dans la main droite, serré comme on s'accroche à une planche de salut. La flamme illumine alors son visage ravagée; le maquillage s'est étendu sur son visage comme une gangrène noirâtre et crouteuse. Sauf autour de la bouche, d'où l'on croirait qu'elle crache du sang. Pour le reste, on ne sait pas; la cigarette allumée, le briquet est déjà rééteint, on ne voit plus rien. Mais on l'entend tenter de se lever, s'accrocher au mur avec les ongles -ça crisse. Et on voit aussi le bout incandescent de la cigarette qui grimpe puis retombe. Elle s'affaisse, on dirait qu'elle ronfle. La porte grince, mais l'on ne sait pas qui entre. Il fait aussi noir derrière la porte qu'ici. C'est un homme, toutefois, puisque lorsqu'il lui dit « lève toi », c'est une voix masculine qui murmure. Elle ne se lève pas. Il s'approche, la main levée, et

***

    puis chute carrément, lourdement, violemment. Son genou saigne encore plus abondamment que sa joue déjà éraflée. Sa bosse sur son front la lancine toujours autant, et pourtant elle se relève et court, mais bizarrement, comme un crabe, en titubant. Elle jette des regards derrière elle, et c'est horrible parce que sous la terreur, ses yeux roulent sur eux-mêmes, son cou se tord jusqu'à l'extrème limite de la douleur, et chaque fois qu'elle se retourne, elle voit les trois chiens qui ont encore gagné du terrain. Ils sont énormes et musculeux, et elle est frêle et faible, et c'est déjà un miracle qu'elle ne se soit pas encore fait déchiqueter. Elle voit une voiture au loin et tente de hurler mais non. Rien ne sort alors au risque de perdre de la vitesse, elle se met à agiter les bras frénétiquement. La voiture ralentit, s'apprêtant à

***

    relever le drap. Il n'est pas sûr que ce soit bien elle. Peut-être que s'il la touchait? Parce qu'il la connaissait mieux dans le noir, après tout ce temps passé là-bas. Il a du mal à croire que c'est bien elle, mais oui, la retrouver là, comme ça, après tout ce temps. L'odeur devient plus forte, mais il n'arrive pas à arrêter de la regarder. Elle était très belle, avant, au début. Enfin, il le devinait, puisque oui, à part la flamme du briquet... Quoique un jour il avait épuisé le gaz d'un briquet en l'éclairant avec, partout, pour la voir. Alors oui, il doit se rendre à l'évidence, c'est bien elle. Même si ça lui donne envie de pleurer. Il regarde l'homme en blanc, une cigarette
 
 
hangar
 
                                                                                     

Vos commentaires

1 Le Mercredi 8 Aout 2007 à 11:56 GMT+2, par Panthère

J'aime beaucoup cet article. La boucle est bouclée, comme on dit, et de jolie manière !

2 Le Mercredi 8 Aout 2007 à 13:00 GMT+2, par Rimmel

Merci Panthère! ;-)

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