Billet d'humeur: De la dichotomie du fond et de la forme
Je vous livre ici un texte vieux de quelques mois, que je trouve assez rigolo, écrit en réponse à une réflexion que je qualifierais de... non, non, je ne qualifierai pas!!!
:-))
De la dichotomie du fond et de la forme...
Un jour, un parfait inconnu, dans un parfait état d'ébriété me murmura:
« Tu n'as que la forme, mais tu n'as pas le fond. »
Ce parfait gentleman voulut j'imagine, me faire part de sa parfaite lucidité à mon égard.
Ô gens bien-pensants, chantres de l'opinion sans préjugés vous flattez-vous...
Le bât blesse, mes chéris, le bât blesse, car votre premier préjugé est de ne pas en avoir.
***
Pourquoi tant de parfait mépris à mon endroit ce soir-là?
Car:
« Je suis fille, comme vous voyez,
assez jolie,
et presque aussi méchante que vous... »
***
Mon mignon, je ne te nommerai pas, (Je ne voudrais pas être humiliante, évidemment. Moi) mais te conterai une petite fable, et peut-être même, t'en livrerai la morale. Car comme chacun sait, ce qui se conçoint bien s'énonce clairement, et le vide de ma tête (d'alouette) parvient tout de même à concevoir -modestement il est vrai.
***
Il était une fois, au royaume de la jeunesse idéaliste, bien-pensante et boboïsante...
Une jeune princesse du XXème siècle (appellons-la Papillon), portant fièrement talons hauts et mini-jupe, refusant de brûler son soutien-gorge wonderbra et de jeter aux oublettes son rimmel waterproof.
Non
pas que la jeune princesse attendait patiemment le prince charmant, mais comme
chacun sait, on attrape quand même pas les mouches avec du vinaigre. Et le
vinaigre, la jeune princesse en avait déjà de trop: dix-sept kilos
litres exactement.
Mais ça ne comptait pas, n'est-ce pas, elle était mignonne intelligente et rigolote, elle avait donc plein d'amis et d'amies. Qui tous lui répétaient qu'elle était très sympa, et toutes lui sussuraient qu'elle était très jolie.
Mais à chaque grand bal (l'anniversaire de Cendrillon -pour ses vingts ans, la pendaison de crémaillère de Blanche-Neige et de ses nains, ou le réveil tant attendu de la Belle), c'était pareil: Ken rigolait avec notre princesse en lui tapant dans le dos, mais se tapait Princesse Barbie pour rigoler.
Personne, néanmoins, ne trouvait à redire sur sa tenue pas très protocolaire, au contraire. Les fées Condescendance et Rienacraindre les avaient tous et toutes enchantés; il ne pouvait que penser: « C'est bien, elle s'arrange, ça fait plaisir à voir ».
Mais un beau jour, au royaume de la jeunesse idéaliste, bien-pensante et boboïsante, Papillon fit un voeu pour son anniversaire. Sa marraine la fée Ralebol l'exauça. Notre princesse rentra enfin dans du 34.
Elle se mit donc à porter du Levi's (le tailleur de la Cour des gens cools-ouverts-et-profonds-et-surtout-pas-superficiels qui présidait à la destinée du royaume) trop long, des baskets moches mais confortables, et s'attacha les cheveux en simple queue-de-cheval.
On l'admira, on la loua.
Mais Papillon dépérissait. Elle n'était plus elle-même. Félicitée, certes, regardée enfin comme une égale, effectivement. Mais au prix de ses jeux du matin (Puzzle vestimentaire, Coiffeuse sur sa propre tête et peinture sur soi). Toute la légèreté et l'inconséquence qui jusqu'à la mettaient en joie avant une difficile journée de labeur intellectuel -elle travaillait au ministère du Savoir, de la Culture et de la Création- lui manquaient.
Une incantation et Ralebol sa marraine se pointa. Un coup de baguette magique, et Papillon comprit que la superficialité, c'était avant tout de ne pas être soi pour plaire à l'autre. Elle ressortit joyeusement crème anti-ride, fard à paupières, et tenue de scène.
Tout aurait pu s'arrêter joyeusement ici, si...
L'Impératrice Opinion Ière n'avait été si arrêtée -sur ses décrets, ses lois, et tout le tintouin. « Moi seule sait ce qui est mal, et ce qu'il est bien d'être. Passait encore quand Papillon était chenille -Fallait bien qu'elle se console, je fermais les yeux. Mais là, plus de circonstances atténuantes, elle contrevient à tout ce qui est censé se faire. Ou pas. »
Condescendance et Rienacraindre furent bannies à cet instant; si elles n'avaient pas aidé Papillon à l'époque, on en serait pas là. Ralebol fut congédiée, à la place on alloua à notre princesse une marraine nommée Takatenprendrataminijupe.
Règlement fut édicté selon lequel, oyé oyé bonnes gens, on ne pouvait être coquet qu'en cas de force majeure, mais cette fois, sous peine d'être conspué par la cour toute entière des gens cools-ouverts-et-profonds-et-surtout-pas-superficiels.
Qu'arriva-t-il exactement à Papillon? Elle eut à choisir entre se voir descerner le titre infâmant d'objet décoratif si elle persistait dans son comportement déviant, ou l'abandon dudit comprtement pour être de nouveau admise à la cour.
Elle ne se renia plus. On la déchue du droit à être intelligente, mimi et rigolote, ses anciennes amies (mais elles n'avaient pas le choix, dura lex sed lex) la regardèrent avec mépris, et ses anciens amis... se frottèrent à sa jambe comme des caniches sur un pied de table, parce qu'elle ressemblait maintenant à Barbie.
Epilogue:
Un soir, un parfait inconnu, dans un parfait état d'ébriété murmura à Papillon:
« Tu n'as que la forme, mais tu n'as pas le fond. »
Papillon soupira, et sa marraine lui répondit:
« Oui, je suis là, c'est bien moi, je suis la fée que l'impératrice Opinion Ière t'a collée sur le dos,
je suis... Takatenprendrataminijupe. »
***
Conclusion:
Peut-être n'ai-je que la forme -car quand on est con, c'est comme quand on est cocu: en général on est le seul à pas le savoir- mais juste une idée saugrenue en passant. La prochaine fois que tu vas à la plage, mon chou... Rappelle-toi que c'est pas parce que tu n'arrives pas à voir le fond de la mer qu'elle en a pas.
A bon entendeur...

Rimmel
Par Rimmel, Dimanche 28 Octobre 2007 à 18:11 GMT+2 dans La voix (qui murmure) (article, RSS)

Amitiés,
Rimmel



