Raymond Queneau - Exercices de styles
Queneau est un bâtisseur de ponts : entre le rêve et la réalité (il adhère au surréalisme de 1924 à 1930), entre la langue parlée et la langue écrite (cf. l’incipit de Zazie…), entre les sciences et la littérature (entré à la "Société mathématique de France" en 1948, il s'applique à créer des règles arithmétiques à la construction de ses œuvres), le Transcendant Satrape du "Collège de Pataphysique" possède l’ambition encyclopédique : la liste des livres qu'il a lus et souvent relus, établie par lui même, comporte environ 10 000 titres, et une Encyclopédie des sciences inexactes sera refusée par les éditeurs.C'est Exercices de style, en 1947, qui lui assure son premier grand succès public, puis Zazie dans le Métro , en 1959, lui apporte la consécration : adapté au théâtre et même au cinéma par Louis Malle, l’histoire de cette nymphette déjantée emporte l’adhésion.
L’année suivante, il fondera l’OuLipo avec François Le Lionnais.
Pour la petite histoire, celui qui publiera aussi des poèmes à la fin de sa vie, curieux de tout, s’inspira de l'« Art de la Fugue » de Bach, lors d'un concert avec son ami Michel Leiris pour écrire ses Exercices de style.
Raymond Queneau, Exercices de styles, collection Folio, Gallimard, Paris 1982

Une courte saynète racontée de 99 façons différentes. Le livre porte bien son nom puisque la petite histoire ne sera jamais modifiée. Seuls les points de vue, les techniques stylistiques etc... changeront. C'est donc bien un pur exercice littéraire que nous livre Queneau.
Un exercice oui, une prouesse certainement (il faut les trouver, tous ces procédés!), bien que certains textes sentent la nécessité d'arriver au bout des 99 chapitres. Mais ma foi, saluons et l'initiative, et le résultat de cette oeuvre très oulipienne!

Texte de base :
"Un voyageur attend le bus, il remarque un jeune homme au long cou qui porte un chapeau bizarre, entouré d'un galon tressé. Le jeune homme se dispute avec un passager qui lui reproche de lui marcher sur les pieds chaque fois que quelqu'un monte ou descend. Puis il va s'asseoir sur un siège inoccupé. Un quart d'heure plus tard le voyageur revoit le jeune homme devant la gare Saint-Lazare. Il discute avec un ami à propos d'un bouton de pardessus".
Composition de mots.
"Je plate-d'autobus-formais co-foultitudinairement dans un espace-temps lutécio-méridiennal et voisinais avec un longicol tresseautourduchapeauté morveux. Lequel dit à un quelconquanonyme : « Vous me bousculapparaissez ». Cela éjaculé, il se placelibra voracement. Dans une spatiotemporalité postérieure, je le revis qui placesaintlazarait avec un X qui lui disait : tu devrais boutonsupplémenter ton pardessus. Et il pourquexpliquait la chose."
Bonne lecture !
Par Rimmel, Samedi 3 Novembre 2007 à 18:55 GMT+2 dans L'oeil (qui lit) (article, RSS)




