Océane - Par Pazzo
"Ecrire pour crier, pour envelopper dans un drap de douceur les hurlements qui résonnent chaque jour dans ma tête et me font ployer sous leurs coups."
Pazzo
Un texte doux, douloureux et salé comme une larme… Un texte senti et vrai, la poésie de la tristesse. Merci, Salomé.
Rimmel
Océane
Océane dormait profondément. Sa respiration était à présent lente et soulevait régulièrement le drap au niveau de son ventre. Sa main droite, posée sur sa poitrine, était encore plus blanche que jamais, délicatement éclairée par les rayons de la lune qui s’infiltrait silencieusement par les volets entrouverts.
La nuit était déjà bien avancée lorsque Rachel pénétra dans la chambre. Elle ouvrit lentement la porte, qui grinça légèrement dans le noir. La jeune fille s’arrêta, retenant sa respiration, puis se glissa dans l’ouverture.
Elle laissa ses yeux s’habituer à l’obscurité, et se tint là, écoutant sa propre respiration et les battements de sons cœur. Au fil des minutes qui s’écoulèrent, ses sens s’aiguisèrent et elle perçut bientôt la respiration lente et calme d’Océane. Leurs souffles un instant se mêlèrent et, ne bougeant toujours pas, Rachel posa ses yeux sur le corps endormi de son amie. Tout, autour d’elle, était silencieux, et elle n’osait pas s’avancer. Pourtant, elle fit un pas en avant, puis un autre, en direction du lit. La silhouette d’Océane était cernée de blanc, comme auréolée d’une aura mystérieuse, et Rachel sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine et se coincer dans sa gorge. Sa respiration s’accéléra, et elle tenta de se calmer en fermant les yeux. Sa bouche esquissa un sourire alors qu’elle se moquait intérieurement de sa propre sottise.
Rachel était à présent juste à-côté du lit, ses genoux effleuraient le tissu plissé et entortillé dans lequel elle se couchait chaque nuit, mais elle attendit encore quelques minutes avant de s’asseoir, le plus délicatement possible, au bord du sommier. Elle fixa tout d’abord le mur, puis se retourna lentement vers Océane. S’appuyant sur ses mains, elle s’installa plus en avant sur le matelas, plus près de son amie.
Un long moment s’écoula, pendant lequel Rachel écouta la respiration de celle qui hantait ses nuits depuis plusieurs mois. Elle se délecta de cette mélodie, et en traça dans sa tête la partition : des portées de soupirs, au tempo toujours égal mais pourtant à chaque fois différent dans sa nuance. Elle sentait chacune de ses respirations sur son avant-bras, et cet air chaud faisait frissonner la moindre parcelle de son corps, l’entourait d’un voile impalpable et doux qu’elle tentait en vain de retenir, mais qui s’enroulait autour d’elle pour de suite s’envoler, la laissant frigorifiée et perdue le temps d’une inspiration.
Puis, lentement, sans qu’elle s’en rendit vraiment compte, son bras se souleva du lit, et sa main s’approcha du visage d’Océane. Elle resta là, suspendue au-dessus de cette joue ronde, et le temps lui-même sembla s’arrêter pour contempler la scène qui se déroulait alors.
Les doigts de Rachel se détendirent et effleurèrent, presque imperceptiblement, la peau satinée d’Océane. Délicatement, la jeune fille caressa la pommette, traça du bout des doigts le dessin régulier de la mâchoire et fit glisser le dos de sa main vers l’oreille de l’endormie. Elle en découvrit alors la forme exquise, se trouva indécise entre la douceur du lobe, épais et souple, et les entrelacs parfaits du pavillon.
Dans une même caresse, la main de Rachel frôla les longs cheveux ondulés. Ils étaient fins, et glissaient entre ses doigts comme de l’eau. Sous la lumière nocturne, ils avaient l’éclat de l’ambre le plus foncé. « Ebène ondulant d’une mer aux reflets d’or » ; cette chevelure digne de la plus noble déesse grecque lui avait inspiré tant de vers, et voilà que sa poésie prenait vie sous ses mains ! Sa peau frémissait au-dessus des mèches gracieusement courbées sur la nuque, et elle sentit soudain une larme rouler le long de sa joue. Elle posa alors sa main le long du visage d’Océane, et une vague de douceur déferla contre son cœur et son corps, l’inondant de la perfection de ces traits, de leur douceur et de leur chaleur. D’autres larmes coulèrent dans le sillon nacré laissé par les premières, et Rachel sentit une goutte salée à la commissure de ses lèvres. Elle ne les essuya pas. Sa main immobile caressant le visage assoupi d’Océane, elle se perdit dans ce fragment de nuit qu’elle eut voulu éternel.
S’arrachant à contrecœur de cette étreinte si lointaine, Rachel éloigna sa main et se leva. Ses pieds glissèrent silencieusement sur le parquet encombré d’objets les plus divers et n’en heurtèrent aucun – elle avait finit par en connaître la place exacte et pouvait se déplacer au milieu d’eux les yeux fermés.
A tâtons, elle plongea la main dans un carton posé dans un coin de la chambre, près de la fenêtre. Elle en sortit un carnet de croquis à spirales et à couverture rouge brique. Quelques feuilles s’en échappèrent et glissèrent sur le sol lorsqu’elle le prit dans ses bras, mais elle ne les ramassa pas. Elle s’approcha du bureau, avisa une boîte en fer qui se trouvait au milieu des livres, des feuilles et des cahiers puis, d’un geste presque machinal mais extrêmement précis, elle fit rouler plusieurs crayons sous ses doigts. Elle en retira deux, attrapa une gomme qui se trouvait près de la boîte, puis orienta sa chaise de telle manière qu’elle puisse faire face au lit. Elle s’assit, respira plusieurs fois, fit mine de dessiner, puis se releva. Elle déplaça la chaise et vint l’installer au bord du lit, entre la fenêtre et les formes alanguies d’Océane.
Prenant son temps et mesurant chacun de ses gestes, elle cala son bloc sur ses cuisses, l’ouvrit, rejeta plusieurs feuilles en arrière et fit face à une page vierge. Elle glissa un crayon entre son majeur et son pouce droit, le maintint au moyen de son index puis immobilisa sa main au-dessus de sa feuille, comme quelques instants auparavant au-dessus de la joue d’Océane.
Rachel fixa son amie : ses yeux allaient et venaient le long du corps d’Océane, retraçaient les courbes de ses épaules, de ses hanches cachées par le drap, repassaient les volutes de ses cheveux. Elle grava dans son iris le moindre détail de sa physionomie, puis s’attarda sur son visage : elle finit par connaître par cœur la vague de ses lèvres, l’arête de son nez, le doux arc de ses sourcils, la légère bosse de son menton.
Elle redirigea son regard vers sa feuille, et sa main droite frémissait encore de la douceur des traits d’Océane. Rachel n’avait plus qu’à combiner les formes inscrites dans son œil et leur toucher, leur chaleur, inscrite dans sa main.
Elle hésita, puis laissa son crayon courir librement sur le papier. Celui-ci traça tout d’abord les lignes principales du visage, les grands axes du corps. Apparurent ensuite quelques traits du modelé du visage, de la peau et des tissus, ainsi que les drapés, les zones d’ombre et de lumière. La gomme ne bougea pas.
Sans quitter la feuille des yeux, elle reposa le premier crayon et attrapa le deuxième. La mine grasse et épaisse repassa quelques traits, accentua les ombres, recouvrit le blanc et donna sa chair au visage. Rachel glissa le crayon derrière son oreille et, à l’aide de son pouce, commença à estomper le gris trop marqué de sa première esquisse. De nouveau, elle caressa la joue, la pommette, glissa le long du cou, sous la mâchoire. Elle modelait son dessin comme si elle touchait encore la peau d’Océane. De sa main droite, elle effleurait à nouveau chaque relief de visage de son amie ; de sa main gauche, elle tenait la gomme et éclaircissait l’arête du nez, le haut de la pommette, les plis du drap.
Son dessin terminé, elle le tint à bout de bras afin de mieux le voir. Le réalisme en était saisissant. Mais il possédait quelque chose d’autre, de plus. Comme une étincelle de vie, qui aurait pu nous faire sentir le souffle chaud de cette jeune fille endormie, le satiné de sa peau, la finesse de ses cheveux.
En observant son portrait achevé, Rachel sentit à nouveau les larmes couler de ses yeux. Elle soupira, mais ne pu retenir ses pleurs. Son dos fut secoué de soubresauts, elle se mit à trembler, et soudain elle se mit à désirer les bras d’Océane, son étreinte. Elle aurait voulu que ses deux bras l’enlacent, la serrent tout contre son cœur.
Elle serra son carnet plus fort contre sa poitrine et se recroquevilla sur sa chaise. Ses muscles se crispèrent alors qu’elle continuait de pleurer sans le moindre bruit. A bout de force, elle renversa la tête et tenta de respirer profondément. Son corps se détendit, ses épaules s’affaissèrent. Sa tête dodelina, puis vint se coucher sur sa poitrine. Ses mains desserrèrent leur étreinte sur le bloc. Celui-ci glissa sur ses jambes et resta ouvert sur ses genoux.
A son tour, elle tomba dans un profond sommeil.
La nuit était déjà bien avancée lorsque Rachel pénétra dans la chambre. Elle ouvrit lentement la porte, qui grinça légèrement dans le noir. La jeune fille s’arrêta, retenant sa respiration, puis se glissa dans l’ouverture.
Elle laissa ses yeux s’habituer à l’obscurité, et se tint là, écoutant sa propre respiration et les battements de sons cœur. Au fil des minutes qui s’écoulèrent, ses sens s’aiguisèrent et elle perçut bientôt la respiration lente et calme d’Océane. Leurs souffles un instant se mêlèrent et, ne bougeant toujours pas, Rachel posa ses yeux sur le corps endormi de son amie. Tout, autour d’elle, était silencieux, et elle n’osait pas s’avancer. Pourtant, elle fit un pas en avant, puis un autre, en direction du lit. La silhouette d’Océane était cernée de blanc, comme auréolée d’une aura mystérieuse, et Rachel sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine et se coincer dans sa gorge. Sa respiration s’accéléra, et elle tenta de se calmer en fermant les yeux. Sa bouche esquissa un sourire alors qu’elle se moquait intérieurement de sa propre sottise.
Rachel était à présent juste à-côté du lit, ses genoux effleuraient le tissu plissé et entortillé dans lequel elle se couchait chaque nuit, mais elle attendit encore quelques minutes avant de s’asseoir, le plus délicatement possible, au bord du sommier. Elle fixa tout d’abord le mur, puis se retourna lentement vers Océane. S’appuyant sur ses mains, elle s’installa plus en avant sur le matelas, plus près de son amie.
Un long moment s’écoula, pendant lequel Rachel écouta la respiration de celle qui hantait ses nuits depuis plusieurs mois. Elle se délecta de cette mélodie, et en traça dans sa tête la partition : des portées de soupirs, au tempo toujours égal mais pourtant à chaque fois différent dans sa nuance. Elle sentait chacune de ses respirations sur son avant-bras, et cet air chaud faisait frissonner la moindre parcelle de son corps, l’entourait d’un voile impalpable et doux qu’elle tentait en vain de retenir, mais qui s’enroulait autour d’elle pour de suite s’envoler, la laissant frigorifiée et perdue le temps d’une inspiration.
Puis, lentement, sans qu’elle s’en rendit vraiment compte, son bras se souleva du lit, et sa main s’approcha du visage d’Océane. Elle resta là, suspendue au-dessus de cette joue ronde, et le temps lui-même sembla s’arrêter pour contempler la scène qui se déroulait alors.
Les doigts de Rachel se détendirent et effleurèrent, presque imperceptiblement, la peau satinée d’Océane. Délicatement, la jeune fille caressa la pommette, traça du bout des doigts le dessin régulier de la mâchoire et fit glisser le dos de sa main vers l’oreille de l’endormie. Elle en découvrit alors la forme exquise, se trouva indécise entre la douceur du lobe, épais et souple, et les entrelacs parfaits du pavillon.
Dans une même caresse, la main de Rachel frôla les longs cheveux ondulés. Ils étaient fins, et glissaient entre ses doigts comme de l’eau. Sous la lumière nocturne, ils avaient l’éclat de l’ambre le plus foncé. « Ebène ondulant d’une mer aux reflets d’or » ; cette chevelure digne de la plus noble déesse grecque lui avait inspiré tant de vers, et voilà que sa poésie prenait vie sous ses mains ! Sa peau frémissait au-dessus des mèches gracieusement courbées sur la nuque, et elle sentit soudain une larme rouler le long de sa joue. Elle posa alors sa main le long du visage d’Océane, et une vague de douceur déferla contre son cœur et son corps, l’inondant de la perfection de ces traits, de leur douceur et de leur chaleur. D’autres larmes coulèrent dans le sillon nacré laissé par les premières, et Rachel sentit une goutte salée à la commissure de ses lèvres. Elle ne les essuya pas. Sa main immobile caressant le visage assoupi d’Océane, elle se perdit dans ce fragment de nuit qu’elle eut voulu éternel.
S’arrachant à contrecœur de cette étreinte si lointaine, Rachel éloigna sa main et se leva. Ses pieds glissèrent silencieusement sur le parquet encombré d’objets les plus divers et n’en heurtèrent aucun – elle avait finit par en connaître la place exacte et pouvait se déplacer au milieu d’eux les yeux fermés.
A tâtons, elle plongea la main dans un carton posé dans un coin de la chambre, près de la fenêtre. Elle en sortit un carnet de croquis à spirales et à couverture rouge brique. Quelques feuilles s’en échappèrent et glissèrent sur le sol lorsqu’elle le prit dans ses bras, mais elle ne les ramassa pas. Elle s’approcha du bureau, avisa une boîte en fer qui se trouvait au milieu des livres, des feuilles et des cahiers puis, d’un geste presque machinal mais extrêmement précis, elle fit rouler plusieurs crayons sous ses doigts. Elle en retira deux, attrapa une gomme qui se trouvait près de la boîte, puis orienta sa chaise de telle manière qu’elle puisse faire face au lit. Elle s’assit, respira plusieurs fois, fit mine de dessiner, puis se releva. Elle déplaça la chaise et vint l’installer au bord du lit, entre la fenêtre et les formes alanguies d’Océane.
Prenant son temps et mesurant chacun de ses gestes, elle cala son bloc sur ses cuisses, l’ouvrit, rejeta plusieurs feuilles en arrière et fit face à une page vierge. Elle glissa un crayon entre son majeur et son pouce droit, le maintint au moyen de son index puis immobilisa sa main au-dessus de sa feuille, comme quelques instants auparavant au-dessus de la joue d’Océane.
Rachel fixa son amie : ses yeux allaient et venaient le long du corps d’Océane, retraçaient les courbes de ses épaules, de ses hanches cachées par le drap, repassaient les volutes de ses cheveux. Elle grava dans son iris le moindre détail de sa physionomie, puis s’attarda sur son visage : elle finit par connaître par cœur la vague de ses lèvres, l’arête de son nez, le doux arc de ses sourcils, la légère bosse de son menton.
Elle redirigea son regard vers sa feuille, et sa main droite frémissait encore de la douceur des traits d’Océane. Rachel n’avait plus qu’à combiner les formes inscrites dans son œil et leur toucher, leur chaleur, inscrite dans sa main.
Elle hésita, puis laissa son crayon courir librement sur le papier. Celui-ci traça tout d’abord les lignes principales du visage, les grands axes du corps. Apparurent ensuite quelques traits du modelé du visage, de la peau et des tissus, ainsi que les drapés, les zones d’ombre et de lumière. La gomme ne bougea pas.
Sans quitter la feuille des yeux, elle reposa le premier crayon et attrapa le deuxième. La mine grasse et épaisse repassa quelques traits, accentua les ombres, recouvrit le blanc et donna sa chair au visage. Rachel glissa le crayon derrière son oreille et, à l’aide de son pouce, commença à estomper le gris trop marqué de sa première esquisse. De nouveau, elle caressa la joue, la pommette, glissa le long du cou, sous la mâchoire. Elle modelait son dessin comme si elle touchait encore la peau d’Océane. De sa main droite, elle effleurait à nouveau chaque relief de visage de son amie ; de sa main gauche, elle tenait la gomme et éclaircissait l’arête du nez, le haut de la pommette, les plis du drap.
Son dessin terminé, elle le tint à bout de bras afin de mieux le voir. Le réalisme en était saisissant. Mais il possédait quelque chose d’autre, de plus. Comme une étincelle de vie, qui aurait pu nous faire sentir le souffle chaud de cette jeune fille endormie, le satiné de sa peau, la finesse de ses cheveux.
En observant son portrait achevé, Rachel sentit à nouveau les larmes couler de ses yeux. Elle soupira, mais ne pu retenir ses pleurs. Son dos fut secoué de soubresauts, elle se mit à trembler, et soudain elle se mit à désirer les bras d’Océane, son étreinte. Elle aurait voulu que ses deux bras l’enlacent, la serrent tout contre son cœur.
Elle serra son carnet plus fort contre sa poitrine et se recroquevilla sur sa chaise. Ses muscles se crispèrent alors qu’elle continuait de pleurer sans le moindre bruit. A bout de force, elle renversa la tête et tenta de respirer profondément. Son corps se détendit, ses épaules s’affaissèrent. Sa tête dodelina, puis vint se coucher sur sa poitrine. Ses mains desserrèrent leur étreinte sur le bloc. Celui-ci glissa sur ses jambes et resta ouvert sur ses genoux.
A son tour, elle tomba dans un profond sommeil.
Salomé - dite Pazzo
Par Rimmel, Jeudi 15 Novembre 2007 à 05:01 GMT+2 dans L'oreille (qui écoute) (article, RSS)




