Le Sombre en moi ou la Judith de Klimt

Rêveries et confidences autour de la Judith de Klimt et de mon écriture, entre folie et onirisme. Merci à Tenebrae, qui par cet article m'a aiguillée sur le sujet, sans le vouloir et avant que je ne m'en éloigne énormément...
"Judith représente pour moi ce que le sombre a de Sublime. Plante vénéneuse ou serpent venimeux, elle représente le pouvoir -non pas celui de la force, mais l'autre.
Celui de ces femmes qui vivent et acceptent en elles ce que j'appellerai L'hypnotique. Ou L'empoisonné."
Insomnie... Je viens de finir cet article de Tenebrae il y a quelques secondes. Article qui me donne à réflechir. Sur un sujet qui a bien peu à voir!
C'est André Breton qui disait que les signes sont là pour ceux qui savent les voir. les signes, les liens, les "presciences". Combien de fois ai-je écrit des choses plusieurs mois avant de les vivre. Ou de les voir, extérieur à moi. Ou rencontrer des gens qui étaient liés à moi sans même que je le sache.
J'ai fermé les portes, presque systématiquement, plutôt que de laisser ce monde venir à moi. Peur? Oui, sûrement. De la vie ou de l'écrit, je me bride souvent. Enfermée dans une image de moi douce et lisse. Torturée sous mes airs de poupée; ou plutôt, fascinée par le tortueux et le sombre. Mais j'étouffe la destructrice en moi, toujours. Sauf quand je fissure.
Je vous présente Judith. Oeuvre de Klimt dont j'ai longuement parlé (des heures durant) avec l'une de mes meilleures amies. Mais vous la connaissez sûrement.Judith représente pour moi ce que le sombre a de Sublime. Plante vénéneuse ou serpent venimeux, elle représente le pouvoir -non pas celui de la force, mais l'autre.
Celui de ces femmes qui vivent et acceptent en elles ce que j'appellerai L'hypnotique. Ou L'empoisonné.
Ce pouvoir que donne ce "goût du sang" si humain. Ce désir de se faire peur ou mal pour se sentir vivant. Se ressentir. Mais ce pouvoir chez elles si grand qu'il fait tout basculer. Je convoque ici Baudelaire:
"Il y a des femmes qui donnent envie de les vaincre et de jouir d'elles, mais celle-ci donnait envie de mourir lentement sous son regard". (Pardonner la certaine inexactitude, je cite de mémoire)
Cette faculté de ne vivre qu'envers et contre tout, tous, pour soi et uniquement pour soi.
Il y a une Judith en moi. J'ai longtemps cru que non, mais. J'a dû me rendre à l'évidence. C'est ma Judith qui écrit. Ma Judith qui voit les signes et les interprète. Et aimerait les cueillir. Ma Judith qui fait tout ce que je suis de fantasque et d'exaltée. Qui me fait tendre la main, parfois, vers des mondes que je ne maîtrise pas. Justement, parce que je ne les maîtrise pas. La mise en danger, l'excitant, la douleur, ma Judith ne se nourrit que de cela. L'irrationnel comme une pureté. L'incohérent comme une folie. L'inavouable comme une magie.
Je ne me défausse pas sur elle, non. Je l'accepte enfin. Je vis, elle crée, nous sommes quittes dans notre collaboration; notre cohabitation, devrais-je dire.
Elle fait partie de moi, c'est un fait, mais ne me fait pas, elle est minoritaire. Elle veut de la passion, quand je veux de la tendresse, veut des étoiles, mais veut la nuit aussi, quand je veux le soleil doux du matin. Parle d'une voix grave alors que je murmure, fluette.
Oh, bien sûr je romance. Mais je me sens parfois dangereuse, comme enivrée et affamée. C'est ma Judith qui s'éveille et qui s'étire. Quand je me plais à savoir avant. Quand je me surprends à voir le symbole. A voir au-delà des hasards. A tisser une trame imaginaire ou tout concourt. A découvrir l'envers. A comprendre trop. Et à écrire, bien sûr, à écrire. Et elle écrit carmin. Ma plume au ventre, c'est ma Judith.
Par Rimmel, Vendredi 23 Novembre 2007 à 02:31 GMT+2 dans La main (qui écrit) (article, RSS)




